Ombres et lumières

Les nombreuses publications de cette fin d’année autour de la Seconde Guerre mondiale présentent de nombreuses facettes de cette époque : de l’engagement dans les différents camps, des événements marquants les populations. Des ouvrages à découvrir sans tarder.

Par ISABELLE AUROUSSEAU-COURIOL, Librairie de Paris, Saint-Étienne

La troisième génération après la guerre s’exprime souvent par le roman. On peut penser pour cette rentrée aux ouvrages de Chris Kraus (La Fabrique des salauds, Belfond) ou d’Arno Geiger (Le Grand Royaume des ombres, Gallimard) entre autres. Jacobo Machover, dans Mon Oncle David, D’Auschwitz à Cuba, une famille dans les tourments de l’Histoire, nous relate combien la personnalité de cet homme qu’il n’a pas connu l’a marqué par son absence. C’est lui-même qu’il essaie de retrouver afin de transmettre à ses enfants sa vie d’exilé, de Cubain libre… face à ce disparu, mort trop tôt. Peter Longerich nous propose un court texte autour de La Conférence de Wannsee. Une conférence pour le 70e anniversaire de cet événement lui a donné l’occasion de présenter les éléments de cet ouvrage. Ce 20 janvier 1942, se réunissent une quinzaine de personnalités de différentes instances, responsables de la question juive. Que faire des onze millions de juifs qui vivent en Europe, celle que vise d’occuper Hitler ? À l’Est, les éliminations ont lieu par balles, le camp de Chelmno est construit. Mais il faut un cadre global à l’heure où les États-Unis viennent d’entrer dans le conflit mondial. Déportations, travaux forcés, exterminations, stérilisations des métis, couples mixtes... permettront de créer les conditions nécessaires à la « Solution Finale ». On connaît les spoliations de tableaux par les dignitaires allemands mais on connaît moins celles autour de la musique. Vous pourrez les découvrir grâce à la publication de cette thèse, Commando Musik, parue dans les années 1990. Elle concerne en priorité la France, les Pays-Bas et la Belgique. Ces spoliations touchent les instruments de musique, les partitions et tous les ouvrages musicaux suite à la réquisition d’appartements de juifs arrêtés ou en déshérence, mais aussi d’entreprises musicales comme les maisons de disque ou les bibliothèques. Tout un système se met en place pour l’évacuation et la redistribution des objets pour des particuliers ayant subi des bombardements, pour les écoles... Les collections et matériels les plus importants seront destinés à la Hohe Schule. De nombreuses caisses entreposées en Silésie ne seront jamais récupérées, quasiment pas répertoriées, peu d’instruments ont pu être identifiés. Enfin, Willem de Vries nous présente quatre personnalités : deux sont musicologues et collaborateurs, les deux autres, Wanda Landowska et Darius Milhaud ont été spoliés. Un travail de vingt ans aura permis quelques restitutions. Face à l’occupation, des hommes et des femmes se lèvent pour refuser et résister. C’est ce que nous raconte Jacqueline Fleury-Marié dans Résistante. Alors qu’elle n’a que 17 ans, elle prend la décision de s’engager contre l’occupant allemand. Du transport de messages à la diffusion de journaux, elle participera à de nombreuses missions de liaison. Arrêtée, torturée par la Gestapo, elle sera envoyée au camp de Ravensbrück. Revenue vivante, elle veut témoigner et rendre hommage à toutes les femmes qui ont participé à la Résistance. Aux côtés de Geneviève de Gaulle- Anthonioz et de Germaine Tillion, elle s’engagera au sein de l’association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance. C’est le Général de Gaulle qui écrira dans ses Mémoires le terme qui donne le titre du livre de Bénédicte Vergez-Chaignon, Une juvénile fureur. Elle nous entraîne dans un vrai roman d’espionnage. À la fin de l’année 1942, à Alger, c’est un vrai « panier de crabes ». L’amiral Darlan représente Vichy en Algérie. Les Américains viennent de débarquer mais soutiennent le général Giraud. Quant aux Britanniques, leur soutien va à de Gaulle. Le prince de Paris est présent également. Darlan gêne mais comment s’en débarrasser ? Fernand Bonnier de La Chapelle, jeune exalté gaulliste n’ayant pas réussi à rejoindre Londres, sera le bras assassin. Plus ou moins abandonné, son procès est expéditif, il est fusillé quelques jours plus tard. Nourrie de nombreuses mémoires et documents privés, c’est l’histoire trouble de l’Afrique du Nord fin 1942 et début 1943, peu connue du grand public. À découvrir absolument.

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Lu et conseillé par :

  • Librairie de Paris à Saint-Étienne Isabelle AUROUSSEAU-COURIOL
  • Librairie L'Écume des pages à Paris Guillaume LE DOUARIN
  • Librairie Privat à Toulouse Christine MILHÈS